Crédit photos Laurent Mayeux

Un temps suspendu

Cette interview a été réalisée le samedi 14 mars, avant la déclaration d’Emmanuel Macron du 16 mars 2020

Samedi 14 mars 2020 – Nous démarrons notre projet avec Violette Spillebout. En cette veille de premier tour des élections municipales, nous racontons une citoyenne qui se questionne et une candidate qui se prépare à affronter cette situation inédite.

Violette Spillebout

Violette Spillebout nous donne rendez-vous dans le hall d’un hôtel tout près de la cité administrative, une bulle de calme dans ce temps bousculé. Nous sommes le samedi 14 mars. Demain se tiendra le premier tour des élections municipales que le Président et le gouvernement ont décidé de maintenir. C’est un moment flou, inédit, sidérant. Nous avons rencontré une femme concernée qui tente à cet instant de prendre la mesure de cette crise historique et se projète dans son rôle de maire.

Digestion de l’information et respect des consignes sanitaires

Quels ont été les impacts de la crise sanitaire sur votre campagne ?

Cela nous a tout d’abord impacté personnellement comme tout à chacun. Nous nous sommes inquiétés pour nos familles, nous avons répondu aux questions de nos enfants. Le soir de l’allocution du Président, nous avons annulé notre meeting pour donner à tous le temps de l’écouter et réorganiser leur vie. Quant à l’organisation de la campagne, nous avons décidé de respecter les consignes. Nous n’avons pas eu besoin de beaucoup débattre pour décider d’éviter tout contact physique en annulant les opérations de porte à porte. Le vendredi 13 mars, nous avons fait campagne sur les réseaux sociaux et au téléphone.

Le maire est là pour accompagner les situations particulières et prendre le relais des mesures nationales

Quels impacts sur vos programme et futures décisions ?

Si je suis maire de Lille, j’aurai à assumer ma part dans cette crise mondiale en rassurant, soutenant l’économie marchande mais aussi associative, culturelle, sportive. Tous les équipements sportifs et culturels sont aujourd’hui fermés, cela m’interpèle. Il y a encore du flou autour de la manière d’appliquer les consignes sanitaires. L’objectif n’est pas d’arrêter l’économie, mais de faire en sorte d’arrêter la propagation du virus.

Si je suis maire de Lille, j’imagine déjà aider les secteurs et les personnes qui ne rentreront pas forcément dans les cases prévues par le gouvernement pour organiser avec eux des plans de continuité d’activité. Je pense par exemple au secteur associatif. Des négociations avec les bailleurs privés pourraient avoir lieu pour échelonner les loyers.

Un nouveau rapport au temps et au local

Que restera-t-il de cette crise ?

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Chacun doit faire son chemin dans la prise de conscience. C’est la crise la plus grave que nous ayons eu à affronter depuis des siècles. Le monde ne sera plus pareil après. Mais on peut dire que cette crise change déjà notre rapport au temps et à la consommation.
Chacun voit un temps nouveau s’ouvrir. Un temps pour s’occuper de ses enfants, télétravailler, moins courir dans les transports. Comme tout accident de la vie, cela va aussi changer notre rapport aux autres. Notre rapport au local concernant la circulation des biens et des personnes va s’en trouver modifié. Après le temps de la tristesse et de la peur, j’imagine qu’il en sortira du positif et une organisation sociale différente.

Vivre en intériorité

Comment cette crise impacte votre manière de travailler ?

Dans les mois à venir tout va changer. Nous nous préparons à une crise longue. Jusqu’à l’été, l’économie sera au ralenti. Par nécessité de sécurité sanitaire, notre vie personnelle sera plus tournée vers l’intérieur, la famille et ses proches les plus fragiles, plutôt que vers l’extérieur, les relations sociales. Et cela pourra faire peur aux personnes hyperactives dans ce domaine.

Innover

Pour nous hommes et femmes politiques qui passons notre temps en rendez- vous, nous devrons imaginer des solutions différentes pour rencontrer les citoyens, comme la visio-conférence. Il est de notre responsabilité en cette période de choc et d’interrogation de trouver des solutions pour faire renaître l’économie et être capable de prendre des décisions rapides en bonne coopération.

Coopérer

La coopération et l’unité ont été évoquées par le Président de la République dans ce temps particulier de compétition politique. Ces deux notions sont importantes. Aujourd’hui, les mesures qui doivent être prises au niveau de la ville de Lille doivent être cohérentes avec celles prises au niveau de toutes les villes de la MEL, sans concurrence politique. Par exemple, il est important que l’ensemble des salariés puissent se déplacer entre Roubaix, Tourcoing et Lille.

Gérer l’incertitude

Cette crise sanitaire qui intervient dans un contexte de crise politique forte crée beaucoup d’incertitude. En tant que candidate aux élections municipales, j’étais déjà dans un moment d’incertitude par rapport à la participation et aux résultats. En tant que citoyenne, je me demande ce que va engendrer cette crise dans nos modes de vie.
Nous sommes dans un temps suspendu.

Un flou inhérent à l’inédit de la situation

Est-ce que cela a modifié les relations politiques ?

Sur le plan national, le ton des relations est un peu moins fort. Sur le plan local, nous sommes en période de suspension et de silence républicain, il n’est donc pas possible d’évaluer la part liée à la crise et celle liée à ce silence imposé.
J’ai quand même entendu Martine Aubry hier critiquer ma décision de suspendre ma campagne. Je trouve que ce comportement crée de la division. Chaque candidat fait comme il le sent. Je ne me suis pas permise de critiquer les décisions de personne. Ce n’est pas qu’une décision personnelle, c’est aussi une décision collective. J’ai dans mon équipe des personnes qui travaillent, sont parents et ont décidé de ne pas s’exposer. Nous sommes tous un peu dans le flou. Respectons le doute, tout le monde n’a pas la science infuse dans une telle période.

Ne surtout pas minimiser la situation

N’y a-t-il pas une certaine habitude à gérer les crises en tant que personne politique ?

Je pense que c’est un type de crise différent de toutes celles que nous avons connues à ce jour. Même s’il ne faut pas minimiser la crise sociale que nous vivons en France, la révolte, la souffrance des gens, cette crise sanitaire touche chacun d’entre nous, quelque soit sa catégorie sociale. Il y a dans cette crise quelque d’exceptionnel, d’irrésistible, de fataliste et c’est ce qui est effrayant. Nous savons déjà que dans un mois nos hôpitaux seront débordés.

Transparence

Le rôle du politique est d’être rassurant, modeste, transparent à l’écoute des scientifiques, sans minimiser la situation. Nous devons tirer les leçons des expériences des autres pays européens, tout en sachant que leurs recettes ne seront pas forcément celles que nous devrons appliquer compte-tenu de l’évolution du virus. Le gouvernement est à la hauteur des enjeux en faisant un point journalier et en donnant les informations de manière transparente. La transparence et la vérité sont plus rassurantes que la dissimulation et l’approximation de l’information. Peut-être que cette crise sanitaire mettra en lumière le besoin de transparence dans la manière d faire de la politique.

Le virus supérieur à toute autre considération

Cette crise ne risque-t-elle pas d’occulter les autres sujets importants de la vie du pays ?

Complètement et je suis inquiète pour la participation aux élections demain. Il suffit de lire les journaux, de surfer sur internet : tout parle du coronavirus. Seuls quelques articles traitent d’autres sujets dont on se demande s’ils sont vraiment d’actualité. D’un autre côté, lorsque l’on interroge les journalistes, ils répondent qu’il n’y a plus rien d‘autre à raconter, tout est annulé. Nous sommes dans une période de sidération. Le sujet du virus est supérieur à toute autre considération. J’imagine qu’avec le temps et une fois leur vie organisée, les gens vont de nouveau s’intéresser à d’autres choses. Nous devrions nous réjouir de ce moment démocratique fort et d’alternance possible. Mais cela me rend triste de penser qu’il va y avoir des morts et qu’on ne peut pas faire mieux. Respectons les consignes, soyons exemplaires.

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