Interview réalisée par Sophie Mayeux le 16 mars avant les mesures de confinement. Photos Laurent Mayeux

Mobilisation générale pour les médecins traitants

Lundi 16 mars 2020 – Les médecins traitants sont mobilisés et font partie du dispositif de guerre contre le coronavirus. Cette crise va changer durablement notre rapport à la santé. Rencontre avec le docteur Loïc Girard, médecin traitant à Tourcoing.

Nous arrivons à la maison médicale Marie Curie à Tourcoing pour rencontrer le docteur Loïc Girard, médecin généraliste. Dès l’entrée, les consignes de sécurité sont énoncées. Entrer sans sonner, respecter le marquage au sol et les distances de sécurité. Des chaises sont disposées à l’extérieur pour celles et ceux qui préfèreraient attendre dehors. Sur le comptoir de l’accueil un grand pot de gel hydroalcoolique nous tend sa pompe, la secrétaire médicale est assaillie d’appels. Elle renseigne patiemment, rassure et rappelle les bons gestes. Le docteur Girard nous fait entrer dans son cabinet : il porte une blouse blanche et bien sûr son masque. Nous assistons immédiatement à une consultation médicale à distance. Une femme est inquiète, elle a été assesseur lors des élections municipales et ce matin, elle tousse et son nez coule. Le docteur Girard prend le temps d’écouter, de rassurer et de rappeler les symptômes à surveiller. Il recommande à la patiente de rester chez elle pendant deux semaines, de se protéger et rappelle que les seules informations valables sur le sujet sont celles délivrées par les sites internet de l’Etat et de la Haute Autorité de la Santé. Il refera un point avec sa patiente dans une semaine. 

Nous sommes une arme nationale au service de la population

Sophie Mayeux – Quels sont les impacts immédiats de la crise sanitaire sur votre travail au quotidien ?

Dr Loïc Girard – J’ai d’abord dû rassembler des partenaires médecins. La dimension population s’impose à nous à présent, nous ne soignons plus que notre patientèle. Les agences régionales de santé nous propulsent au front. Elles ont missionné les médecins traitants pour réfléchir au niveau du quartier, du territoire, de la région. Nous sommes vraiment une arme nationale. Ensuite, nous devons maintenir le contact avec les malades grâce aux moyens de communication et surtout la téléconsultation pour faire face à la difficulté de se déplacer et à la peur. Enfin, nous constatons que les personnes sont comme fascinées par le coronavirus, elles en oublient leur diabète, leurs problèmes cardiaques ou d’hypertension. Notre rôle quand elles ne viennent pas en consultation est de leur rappeler qu’elles doivent se soigner. Nous devons faire baisser leur peur qui se focalise sur le virus et leur expliquer qu’elles doivent continuer d’aller chercher leurs médicaments et faire leurs examens.

Se mobilier pour trier l’information

Sophie Mayeux – Cette mobilisation avait démarré depuis longtemps déjà ? 

Dr Loïc Girard – Depuis l’arrivée du coronavirus, nous sommes mobilisés sur le sujet de la mise à jour de nos connaissances. Nous sommes inondés de messages quotidiens de la part des agences de santé, hôpitaux, préfecture, CPAM. Nous devons tout lire, vérifier, détecter les nouvelles informations. Et chaque jour ça recommence, cette hypervigilance est fatigante. Mais cela fait partie du travail du médecin d’être attentif à l’exception. Nous devons lutter contre les fake news. Cela me met en colère et prend beaucoup d’énergie. La seule source fiable est l’Etat. 

Nous n’échapperons pas au confinement total

Sophie Mayeux – Est-ce que les mesures prises par le gouvernement sont à la mesure de la crise ?

Dr Loïc Girard – Nous n’avons jamais vécu de catastrophe qui frappe ainsi chacun d’entre nous sans exception en France et dans le monde entier. C’est compliqué au niveau de l’individu d’envisager cela. J’ai trouvé effrayant de voir toutes ces personnes se promener ainsi dimanche sans respecter les consignes sanitaires. Ce soir, nous n’échapperons pas au confinement total. Si  c’est la mesure à prendre pour éviter aux hôpitaux d’être engorgés, il faut la prendre. Le profil des morts change, il n’y a plus seulement les personnes fragiles qui sont concernées. Je n’ai pas peur, mais il est impératif de respecter les consignes.

Une relation plus consciente avec son médecin

Sophie Mayeux – En quoi cette crise change vos manières de travailler ?

Dr Loïc Girard – D’une part, la téléconsultation va se développer. C’est facile, rapide et le patient est tout de suite rassuré d’avoir pu échanger avec son médecin en direct. Cette pratique fera évoluer durablement nos outils vers plus de rapidité et de fluidité. Nous sommes en train de limiter le taux d’occupation de notre salle d’attente. Nous avons fermé le libre accès à nos toilettes. Je prends plus de précautions en quittant la maison médicale quant à mes vêtements, chaussures. D’autre part, la consommation médicale va aussi changer. Dans la prise de rendez-vous par exemple. Je vais faire évoluer ma messagerie afin de mieux expliquer le processus de prise en charge. Et puis, je n’accepterai plus les rendez-vous non assurés par le patient parce qu’il a oublié ou n’a pas le temps. Je vais devenir très radical. Ces personnes prennent la place d’autres patients et gâchent ma disponibilité pour des cas graves.

L’opportunité pour les mondes libéral et public de travailler main dans la main

Sophie Mayeux – Qu’est-ce que cette crise change personnellement pour vous ?

Dr Loïc Girard – Je suis content car je retrouve de l’investissement dans le monde hospitalier autant que dans le monde libéral. Nous sommes obligés de tous faire des efforts pour réfléchir ensemble à des solutions et tout ce qui pourrait être utile sur le plan médical. C’est un appel national au secours. Et je suis heureux de prendre part à cet effort national.

On n’ira plus aux urgences pour un rhume.

Sophie Mayeux – Qu’est-ce qui va changer durablement dans votre secteur d’activité ?

Dr Loïc Girard – Je suis convaincu que cela va changer le rapport et le fonctionnement des services d’urgences. Aujourd’hui, il n’y a personne aux urgences. Il y a encore quinze jours, elles étaient saturées. Les gens comprennent maintenant que les services d’urgences sont réservés aux vraies urgences, et qu’ils n’ont rien à y faire s’ils ont un rhume ou un peu de fièvre. J’espère que l’on va se décider à rebaptiser les urgences « secteur vital ». C’est le moment de protéger la ressource médicale et de prendre conscience de sa valeur.  Ne gaspillons pas non plus l’enthousiasme des jeunes médecins.

Eliminer la pollution, c’est possible ! 

Sophie Mayeux – Votre message de contagion positive ?

Dr Loïc Girard – Nous prenons conscience que l’industrie pharmaceutique a organisé la fabrication de nos médicaments hors de la France et de toutes les conséquences que cela peut avoir. Nos médicaments sont précieux. J’espère que les gens vont comprendre l’importance de dépenser un peu plus pour leurs médicaments, ce qui permettra de relocaliser de l’emploi en France. Cette crise nous permet aussi d’expérimenter qu’il est possible d’éliminer immédiatement notre pollution. Quand on fait l’effort, ça marche ! La radicalité des décisions à prendre pour stopper cette pandémie révèle le pouvoir de l’écologie. Espérons que les gens agissent maintenant comme des consommateurs responsables.

Un commentaire sur « Ils ont la parole : le docteur Loïc Girard, présent à l’appel ! »

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