Docteur Charani

ILS ONT LA PAROLE, par Laurent Mayeux

Vendredi matin, 8h. Le docteur Charani m’avait prévenu. Il fallait être matinal pour le voir. C’était mon cas et de toutes façons je ne me voyais pas faire la fine bouche à l’heure où tout le corps médical est sur le pied de guerre. Accueil avec un café, tout sourire. Je rencontre quelqu’un de très avenant.

Retour en arrière au début des années 90 durant lesquelles « les patients nous accueillaient avec savonnette, bassine et serviette lorsqu’on se déplaçait en consultation à domicile, que ce soit dans les milieux populaires ou dans les grandes familles textiles du coin ». Il y avait un profond respect du médecin. Fin des années 90, la situation se détériore, la médecine devient un bien de consommation comme un autre. La situation des médecins se tend socialement pour arriver à la rupture et aux grandes grèves de 2002. Ça créé des liens dans la profession. Il fallait trouver des moyens de réguler l’activité des médecins de ville et -déjà à l’époque- pour faire face à la croissance du nombre d’appels au 15 (SAMU). 

La recette : une petite équipe projet au départ

En 2005, le docteur Charani créé la première régulation libérale des appels. Et il éprouve une recette qu’il utilisera pour les nombreux projets qu’il mènera. Il lance le projet avec une toute petite équipe pour être rapide et efficace. Une fois que le projet a démontré son utilité et son potentiel, il emmène le gros des troupes. A l’époque, il fait face à beaucoup de résistance, notamment de la part des syndicats de médecins libéraux. Aujourd’hui, la régulation libérale, c’est 70 médecins généralistes de ville qui travaillent en étroite coopération avec le SAMU et 150.000 dossiers traités en 2019.

Un centre de traitement du COVID19 monté en 1 semaine

Le docteur Charani, c’est un hyperactif. Pas le genre à échafauder des plans d’action pendant 3 mois avant de se lancer. Vendredi dernier, 13 heures, réunion avec les instances de santé locales face au Covid19. « Et si montait un centre de régulation Covid19 ? ».« Banco ! », lui répond le directeur de l’hôpital de Roubaix. Le centre ouvrira dès le lundi 23 mars avec des tours de garde instaurés par de nombreux médecins qui se sont d’emblée portés volontaires. 

Assurer la continuité dans le traitement du patient de l’hôpital à la médecine de ville et vice-versa. 

Grâce à toutes ses actions menées depuis le début des années 2000, le docteur Charani est un acteur clé du lien entre médecine de ville et hôpital dans le département du Nord. Les 2 mondes se sont sensiblement rapprochés depuis une dizaine d’années, après s’être rendu compte petit à petit qu’ils avaient les mêmes problèmes d’ordre administratif et médico-social à gérer. D’emblée, le constat parait évident aujourd’hui avec un peu de recul ; le patient doit être suivi dans la continuité, sachant qu’un passage par l’hôpital va de fait générer de la médecine de ville à postériori. L’hospitalisation à domicile en est un bon exemple. Cette dernière s’est largement développée y compris pour des pathologies nécessitant de la technique, des chimiothérapies, des soins quotidiens post-opératoires, des patients en fin de vie, etc. Preuve que tout est possible à partir du moment où les 2 parties ont les mêmes difficultés et des intérêts communs autour du patient.

« Cette crise va nous amener à développer la télé-médecine notamment au travers de la télé-consultation encore trop peu utilisée »

Jusqu’au moment où le COVID19 n’était pas encore arrivé chez nous, certains patients pensaient avoir tous les droits sans forcément connaitre leurs devoirs…Depuis le début de cette crise, on commence à entrevoir un changement. Le patient exige et menace moins souvent les soignants. Et cette crise va nous amener à développer la télé-médecine notamment au travers de la télé-consultation encore trop peu utilisée. Mais ne risque-t-on pas la même histoire qu’avec les policiers, encensés en 2015 lors des attentats et souffrant d’une image largement écornée quelques années plus tard ? « Oui c’est possible, d’autant plus qu’on manque cruellement de soignants et qu’il faut 10 ans pour former un médecin. »

En attendant, le docteur Charani est humble. Mais d’où lui vient cette envie, ce moteur ? « Je suis d’origine libanaise. Quand je me suis installé en France, on m’a beaucoup aidé. Et dès que j’ai pu, c’était naturel pour moi d’aider les autres et rendre la monnaie dans mon domaine d’expertise. Car j’ai du mal à m’investir dans d’autres univers que la médecine. » Certes, mais c’est déjà pas mal…

2 commentaires sur « Docteur Charaniperactif »

  1. Merci pour votre initiative de « contagion positive », pour les points de vue et les médias différents utilisés pour témoigner de cette période si particulière. Sans nier le tragique, vous savez nous donner à voir ou à lire des situations décalées, du vide ou du plein, des petits ou des grands gestes humanistes, et beaucoup de raisons d’espérer pour demain ! Outre le talent, transparaissent derrière vos images, vos phrases et vos dessins, les belles personnes que vous êtes… Continuez et prenez soin de vous ! Virginie

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  2. bravo Docteur heureusement qu’il y a encore des bonnes personnes comme vous. Soyez prudent prenez soin de vous également et de vos proches
    bien à vous

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