NOTRE REPORTAGE, par Laurent Mayeux

Lorsque je suis arrivé, ils étaient déjà quelques-uns à m’attendre. Après avoir eu un masque de bienvenue, je passe rapidement à travers les plateaux téléphoniques. Là, que des personnes en blanc concentrées sur leurs écrans. Ambiance studieuse : pas de précipitation, ni de parole forte, ni de sonnerie de téléphone. Impression de maîtrise et de sang-froid.

Au détour d’un couloir, j’aperçois le garage avec les ambulances et véhicules du SMUR. J’en ferai mon studio. On a de la place et un peu de lumière. Je monte mes flashs, prépare mon matériel, shoote quelques portraits. Et entre deux prises de vues, on discute…

La plupart de mes interlocuteurs sont des permanents et ne sont pas appelés en renfort pour la crise sanitaire. L’un travaille pour le CHU de père en fils, l’autre a travaillé à la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer). Quant à Marjorie, elle a toujours voulu travailler dans le médical. Karine, elle, son papa était sapeur-pompier, tout comme la plupart de ses oncles. C’était donc une fierté et un honneur pour elle et son père d’intégrer un service d’urgence.

« Avec le Covid-19, on a testé la résistance de notre matériel »

Comment se sont-ils organisés face à cette crise ? « On a testé la résistance du matériel. Avec ce pic d’activité, on se demandait comment notre informatique allait tenir et réagir, car on a vite atteint le dossier Z9999. » Ils sont allés à l’essentiel face à cette surcharge d’activité avec le stress permanent de passer à coté d’un cas grave. « On avait l’impression de travailler dans un centre d’appel« , me confie Cédric. « Les gens nous remercient, ils sont patients, gentils pour la plupart. Certains s’excusent même de nous appeler, pensant nous déranger » raconte Alexandra.

Actuellement, le 15 reçoit un peu moins d’appels pour le Covid-19, même s’il est encore trop tôt pour parler réellement de baisse. En revanche, désormais les appels sont surtout liés à de l’angoisse et de la dépression ou encore sont ceux de personnes ayant perdu un proche. Des pathologies et des situations que le centre de régulation a beaucoup moins l’habitude de gérer.

« On sait qu’après, nous aurons le contrecoup »

Et dans leurs vies personnelles, comment vivent-ils ce moment ? Ils abattent des semaines de plus de 50 heures, beaucoup préfèrent couper la télé ou la radio à l’heure des informations. Les personnes du SAMU sont des sujets à risques, comme beaucoup de soignants en contact avec des patients potentiellement atteints par le coronavirus. D’elles-mêmes, toutes évitent d’embrasser leurs enfants ou d’avoir trop de contacts avec leurs proches. « Je n’ose plus faire de câlins à mes enfants« , m’avoue Marjorie, la voie chevrotante et les larmes aux yeux.

En tant que photographe, je ne sais pas sauver des vies. Mais durant ces 2 heures de prises de vue, j’étais ravi. Ravi de faire mon métier, de mettre en avant ces personnes, ces héros du quotidien qui sont là pour vous et pour moi, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Alors oui, ce soir à 20h quand j’applaudirai dans la rue, je penserai à Karine, Alexandra, Cédric, Vincent et tous les autres qui sont au bout du fil ou dans leur ambulance à porter secours.

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