ILS ONT LA PAROLE, par Céline Plunian

Photos : Laurent Mayeux

Portrait de Bernard Vanderschooten, PDG de l’entreprise

« Il y a trois semaines, nous n’avions jamais fait de masques de notre vie »

Du linge de maison aux masques de protection Covid19 – « Il y a trois semaines, nous n’avions jamais fait de masques de notre vie ». C’est par ces quelques mots que Bernard Vanderschooten, directeur du groupe textile VDS, démarre notre entretien par téléphone (confinement oblige). Suite à la crise du Covid-19, le groupe a mobilisé les bobines de son atelier de Nieppe (59) dans la fabrication de masques de protection pour les soignants.

Il faut dire que des crises, le secteur textile en a connu d’autres. Le groupe VDS est l’une des rares entreprises françaises à avoir réussi à préserver son atelier de fabrication dans la Région. Non sans mal. Aujourd’hui, spécialisé dans le linge de maison et spécifiquement le linge de lit, il réunit 180 collaborateurs, dont une quarantaine de personnes sur son atelier de Nieppe. Avec ses grandes marques (À Demain, Alexandre Turpault, Essix, Coucke…), le groupe VDS a su faire de la qualité made in France sa marque de fabrique. Rencontre avec un fervent défenseur du made in France.

Comment la fabrication de masques de protection a-t-elle démarré dans l’atelier de Nieppe ?

Bernard Vanderschooten : Il y a un mois, nous avons reçu, via notre filière NORLINGE spécialisée dans les solutions textiles btob, plusieurs appels au secours de directeurs d’EHPAD inquiets. Ils recherchaient des entreprises capables de leur fabriquer des masques de protection.

À partir d’un modèle de masque mis en ligne par le CHU de Grenoble, notre atelier a fabriqué un prototype. Nous faisons partie des dix premières entreprises françaises à avoir lancé des tests auprès des instances officielles. En quelques jours, notre prototype était validé et nous commencions la fabrication.

Et où en est la fabrication des masques aujourd’hui ?

BV : Aujourd’hui, l’atelier de Nieppe monte en puissance : ce n’est plus de l’artisanat, c’est une vraie industrie. De 2.000 masques par jour la première semaine, notre objectif est d’en fabriquer 130.000 par jour d’ici 8 à 10 jours. Et grâce à la mobilisation de tous nos sous-traitants, nous sommes même en mesure de faire des masques en France et en Europe. Bien sûr, tout cela n’est possible que si le personnel va bien, si le tissu se trouve en bonne quantité et si nos transporteurs continuent d’expédier…

Comment les salariés de l’atelier de Nieppe ont-ils accueilli le projet ?

BV : Avec la crise, du jour au lendemain, notre carnet de commandes s’est effondré et nos dernières livraisons sont revenues. L’atelier de Nieppe ne mobilise qu’une quinzaine de collaborateurs sur la trentaine présente d’habitude sur le site. On sait qu’il y aura des pertes économiques importantes, mais on ne pense pas encore à toutes les difficultés qui vont arriver. Ici, l’ambiance reste excellente : tous les salariés sont mobilisés. Ceux en atelier sont ravis de venir travailler : ils ont un sentiment d’utilité et savent qu’en faisant des masques, ils contribuent à un vrai besoin. Quant aux collaborateurs confinés, ils envoient des messages positifs et proposent leurs aides.

Nous vivons une période extraordinaire dans tous les sens du terme.

Et demain ?

BV : Après cette guerre, nous espérons que les français vont réaliser que les industries textiles du pays n’ont pas disparu. C’est parce qu’elles sont encore là que des solutions ont pu être mises en place rapidement.

En tant que consommateur, nous avons tous une responsabilité collective dans la disparition du textile en France. Dans les années 2000, nous avons perdu de nombreux clients du monde de la grande distribution ou de la vente par correspondance. Depuis des années, nous devons fermer des usines locales. Aujourd’hui, on pense à de nouveaux modes de consommation dans l’alimentation, pourquoi pas aussi dans le textile ?  Regardez ce que vous achetez, lisez les étiquettes, réfléchissez… En tant qu’industriels, nous avons besoin de cette prise de conscience et de cette défense du made in France. Il faut passer à l’acte maintenant… avant qu’il ne soit trop tard.

Envie de consommer local ? Avant la crise sanitaire, l’atelier Vanderschooten a lancé sa marque A demain le linge français, qui valorise les valeurs industrielles de notre belle région des Hauts-de-France avec du linge de maison pour tous de qualité made in France.

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