Rencontre avec Benoît Olla de l’Aéronef de Lille

NOTRE SAGA DE L’ÉTÉ : « Quoi de neuf sous la Covid ? »

Texte : Céline Plunian / Photos : Laurent Mayeux

Il y a des lieux dans les Hauts-de-France que nous n’avons plus besoin de présenter. C’est le cas de l’Aéronef. Toute l’année, cette scène – mythique – de la métropole lilloise accolée à Westfield Euralille accueille des musiciens de tous styles pour du bon son. Pourtant, à l’heure où nous écrivons ces lignes, la salle de spectacle lilloise n’a toujours pas de date de reprise. Difficile d’imaginer l’Aéronef vide de son public et de sa musique. Pour en parler, nous avons rencontré celui qui présente les concerts comme une expérience : Benoît Olla, le directeur de l’Aéronef.

Qu’est-ce que la crise du Covid-19 – et le confinement – a bouleversé à l’Aéronef ?

Benoît Olla : Tout. Dès que nous avons su, nous avons procédé à une première phase d’annulation ou de report entre octobre et décembre. Depuis début juillet, nous sommes encore en train de revoir cette grille de programmation en reportant tout ce qui est reportable au premier semestre 2021. En effet, peu d’indicateurs nous font dire que nous allons redémarrer au 1er septembre, malheureusement.

Une grille de programmation, ça ne se fait pas du jour au lendemain : il n’est jamais agréable de faire et de défaire. On aimerait tellement avoir une date de reprise pour se préparer, se projeter un minimum.

À l’Aéronef, nous sommes une équipe de salariés permanents autour des métiers de l’administration, de la production, de la communication, de la technique… En tant qu’association, nous avons aussi un gros tissu associatif de 90 bénévoles qui donnent de leur temps. Autour de ce monde gravitent aussi des intermittents, des artistes, divers fournisseurs (hôteliers, prestataires techniques…), des petites et grandes structures de production, des indépendants…. C’est toute une équipe et des partenaires qui sont dans l’attente… et qui trinquent.

Et personnellement ?

Le confinement n’a pas été le meilleur moment de ma vie c’est certain. Comme tout le monde, je me suis interrogé sur ce qui se passait. C’est étonnant de voir passer toutes ces émotions. On a aussi dû affronter, qu’on le veuille ou non, un flux d’informations avec des choses positives ou négatives. Ça a permis une certaine prise de distance.

Quelles initiatives ont été prises pour affronter cette crise inédite ?

En France, nous avons la chance indéniable d’avoir le dispositif de chômage partiel. Ça nous a évité de prendre des décisions ultra radicales et de maintenir des emplois. Pendant le confinement, en télétravail ça n’a pas été toujours évident de garder la cohésion d’équipe et d’avancer sur certains sujets ou dossiers.

Dès le déconfinement, nous avons repris des activités. Début mai et toutes les semaines, nous accueillons en répétitions en condition scénique des groupes régionaux.

Il n’y a pas de public, mais ça fait plaisir de revoir les artistes sur scène, d’entendre du son, de voir des gens contents de faire leur job avec passion et professionnalisme.

Et puis, en fin de saison, nous avons pris le pari de faire une série de concerts, avec la compagnie du Tire-Laine, dans les EHPAD sur les mois de juillet et d’août. C’est un moment émouvant pour tout le monde, les résidents comme les artistes.

Et si les concerts vous manquent, vous pouvez venir écouter des artistes tous les vendredis de l’été à 12h30 et à 16 heures sur la place François-Mitterrand à proximité d’Euralille, dans le cadre de l’évènement « voyages, voyages » avec la Ville de Lille.

Comment envisagez-vous la reprise à l’Aéronef ?

À ce jour, nous sommes toujours soumis à un décret interdisant l’ouverture et l’accueil de notre salle à un public debout. Au-delà de l’aspect économique que cela représente, ouvrir d’une autre façon l’Aéronef est difficilement envisageable. Un concert, c’est avant tout, une expérience, un échange et un partage avec l’artiste, les musiciens, les spectateurs. Cela n’aurait pas de sens de mettre du plexi entre les gens, des croix au sol et les asseoir sur une chaise.

Il y a des jours optimistes où l’on se dit que ce sera comme avant et des jours pessimistes où on ne sait quand et comment ça va se passer.

En tant que salle de concert debout, nous nous sentons oubliés par notre gouvernement. Avoir une date de reprise, ça nous permettrait de nous préparer, de nous projeter, d’espérer un horizon…. Sans date, nous vivons avec un point d’interrogation, c’est rageant et angoissant à la fois. Bien sûr, nous voulons rouvrir de la manière la plus responsable possible. Nous ne sommes pas des fous : si on nous dit que le virus continue de circuler, nous reporterons les concerts comme nous l’avons déjà fait. Notre souhait, c’est une reprise à 100 % de nos capacités… comme avant.

Et demain, qu’est-ce qui va changer pour vous et l’Aéronef ?

C’est encore un peu tôt pour le dire. Nous souhaitons continuer à apporter de l’émotion aux gens, à faire grandir les artistes, à venir à la rencontre d’un public qui n’a pas l’habitude de voir des spectacles… Après le confinement, nous sommes tous en train de retomber sur Terre : nous ne sommes pas si sûrs que demain sera mieux qu’hier. Alors, il faut continuer à co-construire et à porter — et défendre — les valeurs qu’on a en soi.

Plus d’information : www.aeronef.fr

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